Speaker du Tour d’Auvergne, Nicolas Caille : The Voice !

Interview et photos Patrick Dorckel

ci dessus : Romain Bardet rend visite au Tour d’Auvergne et au micro de Nicolas Caille

 

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Nicolas Caille est l’un des speakers les plus emblématiques du cyclisme auvergnat. Il connaît les coureurs sur le bout des doigts et sa culture du vélo est colossale. Lors d’une conversation, il me citait le cinquième du Tour 1989 spontanément et il est capable de se remémorer le final des 800 courses qu’il a commenté ! Plus qu’un métier, c’est la passion qui a guidé ses choix vers le monde du vélo. Pour Véloracingnews, Nicolas nous livre son expérience, son parcours et les anecdotes qui ont fleuri sa carrière.

Véloracingnews : Comment es-tu venu au vélo ?

J’allais souvent chez mon oncle à St Jean-en-Royans dans le Vercors, la patrie de Charly Mottet, que j’ai eu l’occasion de rencontrer ; je pratiquais ce sport tous les étés. J’ai d’abord joué au rugby en cadets au C.A.Brive avec le regretté Jean-Marie Soubirat puis dans un petit club à Varetz (Corrèze). Je suis ensuite passé au cyclisme pour accomplir une modeste carrière au niveau régional. Mais la passion n’en demeurait pas moins pour ce sport. Enfant, mon grand père et mon père m’emmenaient voir la course des boulevards à Brive durant laquelle je m’intéressais autant aux commentaires qu’aux coureurs, cela faisait partie du décorum d’une grande épreuve. Sur le Tour je m’approchais au plus près du podium pour entendre le speaker. J’ai toujours aimé ça.

Véloracingnews : Comment devient-on speaker ?

Il n’y a pas d’école, c’est la passion qui prédomine pour arriver à en faire son métier. J’ai fait des études d’électronique, ce qui m’a permis de donner, pendant mon service militaire, des cours de maths aux enfants en difficulté, puis j’ai travaillé comme « commercial ». J’ai perdu mon père en 98 à l’âge de 50 ans. J’ai compris que dans la vie il n’y avait pas de temps à perdre et qu’il fallait avant tout se faire plaisir, alors j’ai décidé de monter ma boîte d’animation (Nicolas Caille Animations). Tant pis si on se loupe le but c’est de ne pas avoir de regrets par la suite.

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Julian Alaphilippe et Nicolas Caille

Véloracingnews : Comment se sont passées tes premières courses ?

J’ai commenté des courses au niveau local puis grâce à Jean-Pierre Vedrenne, Président du VC Tulle, j’ai secondé Jean-Louis Roche sur le Tour de la Corrèze. Jean-Louis m’a pris sous son aile et m’a soutenu et encouragé dans cette voie. Puis ma carrière a décollé lorsque je suis venu en Auvergne où j’ai rencontré Nicolat Mallet et Marc Jarno de l’USP Issoire. L’équipe dirigeante du Comité d’Auvergne m’a également sollicité sur plusieurs belles épreuves. Aujourd’hui j’ai beaucoup de reconnaissance pour ces gens-là.

Sur un podium, même si on connaît bien les coureurs, c’est plus compliqué de reconnaître un gars qui passe à 50 Km/h le nez dans le guidon. Tout va très vite et il faut être réactif. Ma première épreuve en solo en Auvergne se déroulait au Breuil/Couze (63). C’est Benjamin Olivier qui l’avait emporté. J’ai une très bonne mémoire et je me souviens quasiment de toutes courses que j’ai commenté. Cela ne m’empêche pas d’avoir une base de données de 5000 coureurs pour être encore plus précis dans mes interventions.

Véloracingnews : Quelles sont les épreuves que tu animes aujourd’hui ?

Aujourd’hui je suis présent sur 80 épreuves environ sur l’année : Tour d’Auvergne, Circuit du Bédat, Durtorccha, Nocturne de Corbas, La Walkowiak à Cusset, Le Grand Prix de Gien, Le Prix de Charvieu, Les Monts du Livradois… Je suis disponible au niveau national.

Mais parfois je m’écarte un peu. J’aime bien découvrir de nouvelles courses comme cet hiver la piste à Genève. Je commente aussi les cyclo-cross où les courses se déroulent durant cinquante minutes d’une manière intense. Je retournerai cet été, en Limousin avec la nouvelle épreuve Volvic-Limoges.

Véloracingnews : Et les courses professionnelles ?

C’est plus compliqué. J’avais fait la voiture animation sur le Tour du Limousin et travaillé en doublon avec Daniel Mangeas qui est la référence en la matière. Mais aujourd’hui le cyclisme perd de l’audience ; il y a moins d’épreuves (une dizaine de critérium ont survécu, 75 dans les années 50), moins de coureurs, moins de public. Pas facile dans ces conditions d’évoluer vers le plus haut niveau. Et pourtant je suis persuadé qu’il y a des choses à faire au niveau de l’organisation de nouvelles épreuves. Je crois en l’avenir de Comités d’organisation pour ne pas laisser peser tous les frais sur un club.

Véloracingnews : Quel est ton statut ?

Un speaker n’a pas le statut d’intermittent du Spectacle, je suis un travailleur indépendant comme un autre. C’est comme cela que je fonctionne avec contrats, cotisations correspondantes. Le temps de l’enveloppe donnée au pied du podium est terminé. Le métier s’est professionnalisé. Mais cela ne m’empêche pas d’endosser le costume de bénévole quand il faut. J’ai relancé avec Nicolas Mallet et Marc Jarno le Prix de la Saint-Loup à Aubière il y a neuf ans. Cela m’a permis de voir l’envers du décors côté organisateur.

Véloracingnews : Parlons de la désaffection du public pour le cyclisme.

Le Tour de France est l’arbre qui cache la forêt. Même si le cyclisme est resté très populaire, l’état d’esprit a changé. A Issoire, les employés avaient leur lundi après-midi pour assister à la « Course des boulevards ». Sur une course pro, les coureurs sont dans les bus, ils ne descendent que pour aller signer la feuille d’émargement. A l’exception des critériums, cela devient de plus en plus compliqué de côtoyer les champions. A trop protéger on se coupe du public. Sur l’arrivée de certaines épreuves professionnelles, il n’y a pas plus de monde qu’à l’arrivée du Bédat ou du Tour d’Auvergne. Les années Armstrong n’ont pas aidé mais je suis persuadé que la génération actuelle est plus responsable et mieux encadrée.

Pourtant lorsque l’événement est bien relayé par la radio, la télé, les journaux, les sites Internet, le public répond présent. On peut voir du monde sur les routes du Tour d’Auvergne et aux arrivées de belles épreuves amateurs. La médiatisation est déterminante.

Véloracingnews : Le cyclisme a évolué ?

Chez les pros un coureur débute la saison avec 6 ou 7000 kilomètres, en amateur 4 ou 5 000. En août certains ont pratiquement raccroché le vélo alors qu’il y a encore de très belles courses à gagner et les premiers cyclo-cross démarrent en septembre. Aujourd’hui pour signer un contrat chez les pros il faut marcher de mars à juin, après c’est déjà trop tard. Nous avons eu l’exemple d’Alexis Dulin qui avait survolé le mois de septembre 2014 sans pouvoir signer un contrat pro.

Véloracingnews : Quelles sont les rencontres qui t’ont marqué ?

Je me souviens de Miguel Indurain délaissé sur un Dauphiné par le public qui courait derrière Virenque et Jalabert. A Brive, j’ai rencontré et travaillé avec Patrick Sébastien, alors Président du C.A.B., quelqu’un d’extraordinaire et eu l’occasion de déjeuner avec Dan Carter, lors de sa venue en Corrèze avec Perpignan. Je trouve des similitudes sur la disponibilité des rugbymen et des cyclistes.

Romain Bardet le matin d’un chrono important sur le Tour, m’a envoyé un message pour prendre des nouvelles, suite à un soucis de santé. Je l’avais vu courir en juniors, il m’avait bluffé par l’étendue de son talent. Des coureurs comme Sylvain Georges ou Sébastien Fournet-Fayard m’ont marqué, aussi bien par leurs qualités humaines que sportives.

Véloracingnews : Que penses-tu du cyclisme auvergnat ?

Des quatre coureurs qui sont passés pros issus du Team Pro Nicolas Roux, c’est Rémi Cavagna qui a le plus gros moteur mais Florent Pereira est un énorme bosseur, ce qui peut lui permettre de réussir. Martin Laas que j’ai vu à Bessèges a une très grosse pointe de vitesse mais cet hiver en Estonie il a eu plus de mal à rouler (-20°). Il arrivera plus tard dans la saison. Je ne connais pas suffisamment l’équipe et le programme de Mihkel Raïm pour en parler.

Le Team Pro s’est bien renforcé et je suis persuadé qu’ils sont capables de faire aussi bien qu’en 2015. Maxime Le Lavandier devrait progresser tactiquement sous la houlette de Jean-Philippe Duracka. Karl Patrick Lauk est rapide au sprint, il va s’aguerrir dans cette équipe.

Véloracingnews : On ne peut évoquer ton métier sans parler de Daniel Mangeas, la « Voix du Tour »

Une carrière de plus de 40 ans comme celle de Daniel, on ne le verra plus. C’est une formidable expérience de commenter à deux une épreuve avec lui. Daniel est quelqu’un d’exceptionnel. Sa mémoire est extraordinaire, il a beaucoup d’humour, il n’hésite pas à vous appeler sur le podium même sur une grande épreuve ; je me souviens d’un Paris-Nice où je passais lui dire un petit bonjour et durant l’étape je me suis retrouvé comme son invité sur la course. Un grand Monsieur et avec Jean-Louis Roche ce sont deux personnes pour qui j’ai énormément de respect.

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Nicolas Caille et Daniel Mangeas

Véloracingnews : Est-ce que tu as l’occasion d’animer d’autres événements extérieurs au cyclisme ?

Oui, j’ai été speaker pour le SIRHA, la Coupe de France de la Boulangerie à Lyon. Sur trois jours, c’est 200 000 visiteurs. Cela permet de voir autre chose, de se former dans d’autres domaines. Il faut bien se documenter et préparer ses interventions. J’ai travaillé pour le CA Brive en Top 14 pendant trois ans mais le calendrier est bien chargé côté vélo donc c’est compliqué de se disperser sur d’autres sports. J’ai commenté des rallyes, fait des foires, des colloques… mais je travaille sur ce type d’événements au coup par coup car le vélo occupe la majorité de mon temps. La radio aussi me tenterait mais je n’ai jamais creuser de ce côté là.

Véloracingnews : Comment vois-tu l’évolution de ton métier ?

Ce qui m’inquiète, c’est la disparition des épreuves, cependant on sent renaître des courses. Par exemple, le VS Gerzat réorganise de nouvelles épreuves, on a vu l’ACV Aurillac organiser le magnifique Tour de la CABA, Volvic-Limoges, de nombreux cyclo-cross renaissent et le public répond présent. Le VTT progresse également. Avec Eric Davaine un spécialiste du VTT, un grand Monsieur, une autre personne qui m’a beaucoup marqué, j’aurais l’occasion de commenter les Championnats du Monde de VTT – Marathon à Laissac (12) le 26 juin.

Après on peut s’interroger sur l’avenir du cyclisme avec la refonte des Régions où les intérêts politiques ne seront plus les mêmes. De belles épreuves amateurs d’une semaine sur de grandes régions pourraient être créées, bien sûr en accord avec la réglementation qu’il faudrait peut-être revoir. Lorsqu’on suit le Tour de la Guadeloupe sur huit jours, c’est une réussite exceptionnelle. On se souvient de la Route de France, dans la région, qui a révélé de nombreux coureurs : Aimar, Hinault, Ovion, Chassang, Robert Millar, Vallet, Michel Laurent avec la victoire finale ou des victoires d’étapes.

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Sylvain Georges au micro de Nicolas Caille

Véloracingnews : Raconte-nous quelques anecdotes amusantes qui ont ponctué ta carrière ?

Sur le Tour de la Corrèze nous commentions l’arrivée avec Jean-Louis Roche et pour une raison inexpliquée le peloton et les échappés ont été aiguillés en sens contraire. D’un côté les coureurs sprintaient pour la gagne et de l’autre le peloton se disputait les places d’honneur. On a senti passer un gros frisson mais tout s’est bien terminé heureusement.

Sur une épreuve, j’ai soupé avec l’organisateur et en rentrant à l’hôtel tout était fermé ; impossible d’ouvrir la porte. J’ai passé la nuit dans ma voiture, le lendemain je n’étais pas frais sur le podium pour commenter la course.

J’ai toujours une cloche avec moi car lors d’une arrivée à Issoire, Christophe Laborie a sprinté un tour trop tôt suite à une erreur du compte tour. Il a de nouveau sprinté victorieusement dans le final démontrant qu’il était bien le plus fort ce jour-là.

Comité d'Auvergne

http://www.ffc-auvergne.com/

Nous retrouverons Nicolas Caille tout au long de la saison et bien sûr, dès dimanche, sur le Circuit du Bédat. La qualité de ses interventions en font un speaker reconnu dans la profession. Installé aujourd’hui à Aubière (63), il ne regrette pas d’être venu en Auvergne où il pratique régulièrement le cyclisme de loisir en escaladant des cols pour ne pas oublier que ce sport est une école de la volonté et de courage.